Le départ de Claudio Ranieri de son poste de conseiller sportif à l’AS Roma, officialisé fin avril 2026, a redistribué les cartes au sein du club. Gian Piero Gasperini, arrivé l’été précédent pour succéder à Ranieri sur le banc, se retrouve désormais seul maître à bord des décisions techniques. Cette concentration du pouvoir soulève des interrogations sur la gestion quotidienne de l’effectif et sur la capacité du club à maintenir une ligne cohérente en Serie A.
Gasperini et le contrôle du staff technique à la Roma
Avant même le départ de Ranieri, les signaux de tension entre les deux hommes étaient visibles. Gasperini a publiquement réclamé des clarifications sur son rôle et sur les choix de mercato, adressant un message direct aux Friedkin, propriétaires américains du club.
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Sa position est claire : le directeur sportif et l’entraîneur doivent former un duo, pas un trio où un conseiller interfère avec les décisions de terrain. Ce message, relayé par plusieurs médias italiens, a vraisemblablement précipité la fin de la collaboration avec Ranieri.
Les joueurs de l’effectif, dans des interviews collectées après le départ de l’ancien sélectionneur italien, rapportent une amélioration notable des protocoles de récupération des blessures. Les désaccords antérieurs sur le staff médical avaient généré des absences prolongées difficiles à gérer pour le groupe. Depuis que Gasperini a les mains libres, la tendance aux blessures longue durée s’est inversée selon les retours du vestiaire.
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Choix tactiques de Gasperini : ce que révèle chaque journée de Serie A
L’entraîneur originaire de Grugliasco ne fonctionne pas comme ses prédécesseurs sur le banc romain. Son passage à l’Atalanta Bergame l’a installé dans une logique de rotation permanente, où la composition d’équipe change en fonction de l’adversaire, pas en fonction d’une hiérarchie figée.
À la Roma, cette méthode se heurte à un effectif construit par strates successives de mercato, sans cohérence de projet. Gasperini lui-même a insisté sur le fait que le club n’a recruté qu’un seul joueur qu’il avait spécifiquement demandé. Le transfert de Donyell Malen en provenance d’Aston Villa, par exemple, a été décrit par le coach comme « un coup de chance, quelque chose qui s’est mis en place en vingt-quatre heures ».
Cette réalité pèse sur les choix de composition. Quand l’entraîneur aligne un onze différent d’une semaine à l’autre, ce n’est pas toujours par conviction tactique. C’est parfois la conséquence d’un effectif dont il n’a pas choisi la majorité des pièces.
La rotation comme philosophie et comme contrainte
À Bergame, Gasperini avait la main sur le recrutement. Les profils correspondaient à ses exigences de polyvalence, de pressing haut et de transitions rapides. À Rome, la situation diffère. Les joueurs hérités des ères précédentes ne cochent pas tous ces cases.
Les choix d’équipe, journée après journée, traduisent donc un double mouvement :
- Une volonté de construire des automatismes autour d’un noyau restreint de joueurs adaptés à son système, avec des titulaires qui reviennent régulièrement dans l’axe et au milieu
- Une gestion pragmatique des profils moins compatibles, utilisés en rotation sur les postes extérieurs ou en fin de match pour préserver l’équilibre collectif
- Un arbitrage constant entre compétitivité immédiate et intégration progressive des recrues, notamment celles arrivées sans son aval direct
Gasperini face aux Friedkin : l’enjeu du mercato romain
La fracture entre Gasperini et la direction ne porte pas sur les résultats sportifs. Elle porte sur le processus de décision. L’entraîneur a été explicite : il souhaite que le duo directeur sportif-coach soit le centre de gravité du projet, sans intermédiaire supplémentaire.
Le départ de Ranieri du poste de conseiller pourrait sembler lui donner satisfaction. En réalité, les retours terrain divergent sur ce point. Certains observateurs proches du club estiment que les Friedkin, basés aux États-Unis, continuent de piloter les grandes orientations mercato à distance, sans toujours consulter Gasperini en amont.
Cette configuration reproduit un schéma que la Roma a déjà connu sous d’autres entraîneurs. La différence, c’est que Gasperini n’est pas du genre à accepter un rôle d’exécutant. Sa conférence de presse où il a quitté la salle en larmes, après avoir évoqué la rupture de ses relations avec Ranieri, illustre un tempérament qui refuse les compromis flous.
Cohésion de l’effectif Roma face à une Serie A de plus en plus compétitive
La Serie A actuelle ne laisse aucune marge d’erreur dans la gestion d’un vestiaire. L’évolution du rôle d’entraîneur dans le championnat italien, documentée par la presse spécialisée, montre que les coachs qui durent sont ceux qui contrôlent l’environnement technique global, pas seulement la tactique du dimanche.
Gasperini entre dans cette catégorie d’entraîneurs-managers. Son bilan à l’Atalanta, où il a conduit le club jusqu’en finale de compétitions européennes, repose sur une emprise totale sur le projet sportif. Reproduire ce modèle à Rome suppose des conditions que le club ne remplit pas encore.
Les zones de friction identifiées
Plusieurs points de tension persistent et conditionnent l’avenir du projet :
- Le mercato estival à venir sera un test décisif : si Gasperini n’obtient pas les profils demandés, la rotation forcée continuera de fragiliser les automatismes
- La communication entre la direction américaine et le staff technique reste opaque, ce qui alimente les spéculations dans la presse italienne et l’inquiétude du vestiaire
- La concurrence en Serie A s’est intensifiée, avec plusieurs clubs de milieu de tableau qui investissent massivement, réduisant l’écart avec les clubs historiques comme la Roma

Francesco Totti, figure tutélaire du club, a récemment pris la parole pour réclamer de la clarté dans la gouvernance romaine. Ce type d’intervention publique signale une fracture perçue même à l’extérieur du vestiaire.
Le prochain mercato dira si Gasperini obtient les garanties nécessaires pour inscrire son projet dans la durée. Sans alignement entre le banc et la direction, les choix d’équipe resteront des ajustements de circonstance plutôt que l’expression d’une vision stable. La Roma a les moyens d’un grand club, mais la cohérence entre ses décideurs reste le maillon faible du projet.

