Travailler avec les County Sports Partnerships (CSPs), rebaptisés Active Partnerships depuis 2018-2019, suppose de comprendre leur logique avant de frapper à leur porte. Ces organisations anglaises ne distribuent pas des subventions comme un guichet administratif. Elles coordonnent des acteurs de terrain – clubs, écoles, services de santé, collectivités – autour d’un objectif commun : rendre l’activité physique accessible à tous sur un territoire donné. Un projet qui s’y inscrit doit respecter cette logique de coordination dès sa conception.
Comprendre ce que les Active Partnerships attendent d’un projet
Avant de contacter un Active Partnership, la première question à poser est simple : votre projet répond-il à un besoin identifié sur le territoire, ou cherchez-vous surtout un financement ?
La distinction change tout. Les Active Partnerships s’inscrivent dans la stratégie de Sport England, qui croise des données d’activité physique avec des indicateurs sociaux et de santé. Un projet qui ignore ce cadre aura du mal à trouver sa place.
Concrètement, les priorités du réseau incluent des publics qui cumulent des obstacles à la pratique sportive :
- Les personnes à faible revenu, pour qui le coût et l’accessibilité géographique freinent la participation.
- Les personnes handicapées ou vivant avec une affection de longue durée, souvent absentes des offres sportives classiques.
- Les personnes âgées, les aidants non rémunérés et les personnes LGBTQ+, identifiés comme publics prioritaires dans les orientations actuelles de Sport England.
Un projet centré sur un public non prioritaire peut tout de même trouver un relais, mais devra justifier son intérêt territorial de manière plus solide.
Diagnostic de territoire : la base de tout projet sportif solide
Vous avez déjà une idée de projet ? Avant de la présenter, documentez le terrain. Les Active Partnerships travaillent à partir de données locales précises, et ils attendent la même rigueur de leurs partenaires.
Un diagnostic territorial sérieux ne se limite pas à constater que « les gens ne font pas assez de sport ». Il croise plusieurs dimensions : le niveau d’activité physique dans le secteur visé, les obstacles concrets (transport, coût, horaires, manque d’équipements), et les caractéristiques sociales et de santé du public cible.
Sport England utilise pour cela ses enquêtes Active Lives, qui mesurent la pratique physique à l’échelle locale. Consulter ces données avant de concevoir votre projet vous permet d’aligner votre argumentaire sur les mêmes indicateurs que ceux utilisés par le réseau.

Ce travail de diagnostic remplit une deuxième fonction : il montre à l’Active Partnership local que vous êtes capable de vous inscrire dans une démarche de long terme, ancrée dans les besoins du territoire, plutôt que dans un événement ponctuel sans suite.
Les étapes concrètes pour monter un projet avec un Active Partnership
Une fois le diagnostic posé, le projet peut prendre forme. Voici comment avancer de manière structurée.
Prendre contact avec l’Active Partnership de votre territoire
L’Angleterre est découpée en territoires, chacun couvert par un Active Partnership spécifique. La première étape est d’identifier le bon interlocuteur. Une prise de contact informelle, avant de soumettre quoi que ce soit, permet de vérifier l’alignement entre votre projet et les priorités locales en cours.
Cette conversation initiale évite de passer du temps sur un dossier qui ne correspond pas aux axes de travail du moment. Elle permet aussi de comprendre si d’autres acteurs sur le territoire travaillent déjà sur un sujet similaire – auquel cas une collaboration vaut mieux qu’une duplication.
Définir les partenaires du projet dès le départ
Les Active Partnerships fonctionnent comme des plateformes de coordination. Un projet porté seul par une association a moins de poids qu’un projet impliquant plusieurs acteurs locaux. Réfléchissez tôt à qui peut être partenaire : une école, un centre de santé, une mairie, un club sportif existant.
Sport England décrit des partenariats locaux qui associent collectivités, établissements scolaires, NHS et associations. S’inscrire dans cette logique multi-acteurs n’est pas une contrainte administrative : c’est le coeur du modèle.
Formaliser l’objectif et les indicateurs de résultat
Un Active Partnership voudra savoir comment vous mesurez le succès de votre projet. Pas en termes de nombre d’événements organisés, mais en termes d’impact sur la pratique physique des publics visés.
Définir des indicateurs simples dès le départ – nombre de personnes touchées, fréquence de pratique avant et après, retours qualitatifs des participants – structure le projet et facilite son évaluation. C’est aussi ce qui permet de prolonger un projet au-delà de sa première phase.
Identifier les sources de financement adaptées
Les Active Partnerships ne financent pas directement tous les projets qu’ils soutiennent. Leur rôle est souvent de mettre en relation, d’orienter vers les bons dispositifs, et d’appuyer une candidature plutôt que de la financer intégralement.
Sport England dispose de plusieurs fonds, dont le Movement Fund, orienté vers des projets qui visent les publics les moins actifs. Se renseigner sur ces dispositifs en amont évite de construire un budget irréaliste ou de cibler le mauvais financement.
Adapter ce modèle à un contexte français
Les County Sports Partnerships sont un modèle anglais, mais leur logique intéresse aussi des porteurs de projets français qui souhaitent s’en inspirer ou travailler avec des partenaires anglais dans le cadre de programmes européens ou transfrontaliers.
La différence principale avec le modèle français est structurelle. En France, les collectivités territoriales financent directement les clubs et les équipements sportifs. Le modèle des Active Partnerships repose sur la coordination et l’animation de réseau, pas sur la gestion d’une enveloppe budgétaire.
Pour un acteur français qui s’inspire de ce modèle, la question n’est donc pas « comment obtenir un financement des CSPs » mais plutôt « comment construire une logique de coordination similaire sur mon territoire, en associant des acteurs qui ne se parlent pas encore ».
Un projet sport-santé qui connecte un centre communal d’action sociale, une fédération sportive départementale et un réseau de médecins de ville suit exactement cette logique – même sans passer par les Active Partnerships anglais.
La valeur du modèle CSP tient à cette capacité à faire travailler ensemble des acteurs qui ont des cultures professionnelles très différentes. C’est précisément là que réside la difficulté, et c’est pourquoi la phase de diagnostic territorial et de cartographie des partenaires potentiels n’est pas une formalité : elle conditionne la solidité de tout ce qui suit.

